Dora, la championne d’haltérophilie
Dora Tchakounte, 19 ans, a commencé sa carrière sportive à l’école municipale des sports du Blanc-Mesnil il y a neuf ans, peu après son arrivée du Cameroun. Accueillie par le club Blanc-Mesnil Sport et poussée par son coach, elle remporte rapidement des titres nationaux et européens. Cette jeune blanc-mesniloise très attachée à sa ville nous raconte son parcours d’exception.
Un sport de bonhomme ?
Lorsque je rencontrai Dora pour la première fois, j’avoue que je n’en suis pas revenue… Loin de la grande sportive toute en musculature que je m’attendais à voir, c’est une jeune fille menue et discrète qui poussa la porte de la permanence de quartier. Comme tant d’autres, j’étais victime de la confusion générale entre haltérophilie et culturisme. Dora est la première à s’en amuser : « Au début ma mère et mes frères me poussaient à arrêter, car ils avaient peur que je finisse par ressembler à un homme… Ils me disaient que j’allais être trop baraque et ma mère était sûre que j’allais me faire mal. Mais mon coach est venu lui expliquer que ce n’était pas ça l’haltérophilie, il lui a montré des images d’athlète… Et elle a fini par céder. Maintenant ils sont contents pour moi. » Si sa famille a revu ses idées fausses sur ce sport méconnu, ce n’est pas le cas de la plupart des gens qu’elle rencontre : « Je me bats tous les jours pour expliquer que ce n’est pas de la muscu. Les gens pensent que c’est un sport de brute… Mais ça ne me dérange pas, au contraire, plaisante-t-elle, comme ça ils me craignent ! »
De Yaoundé au Blanc-Mesnil
Dora a commencé l’haltérophilie il y a neuf ans, juste après son arrivée en France. Elle a quitté le domicile paternel à Yaoundé (Cameroun) pour rejoindre sa mère au Blanc-Mesnil, où elle a été naturalisée trois ans plus tard. La jeune fille témoigne de son affection pour sa ville d’adoption : « J’ai trouvé le Blanc-Mesnil bien, une petite ville tranquille. Ça n’a pas été trop dur de m’adapter, quand on est petit on s’adapte un peu à tout avec beaucoup de facilité. Je n’ai jamais senti qu’il y avait du racisme au Blanc-Mesnil. Au contraire on est une population très diversifiée donc le racisme n’a pas lieu d’être. C’est différent quand je vais dans le centre de paris… » Le seul affront qu’elle ait subi la fait encore rire : « Les jeunes du primaire se moquaient de mon prénom » Dora », à cause de « Dora l’exploratrice » qui n’existait pas au Cameroun ! » Dora habite dans le quartier Pasteur. Ce qu’elle préfère au Blanc-Mesnil ? « Le marché… Et le centre commercial Leclerc ! »
De l’école municipale des sports au club Blanc-Mesnil Sport
Dora a découvert l’haltérophilie un peu par hasard. L’école municipale des sports offrait des cours de sports divers tous les mercredis après-midi et le directeur de l’école était un ami de l’entraîneur d’haltérophilie du club Blanc-Mesnil Sport. Il proposa à un groupe de jeunes dont elle faisait partie d’intégrer le club en 2005. Elle fut la seule à avoir continué : « le coach me disait que c’était bien ; il me motivait, me félicitait… Il me poussait à revenir. Du coup je revenais… Et c’est comme ça que j’en suis arrivée là ! » En a-t-elle bavé parfois ? « Oui, comme tout le monde… Mais on continue », répond-elle toute en sobriété. Son coach est à son image, « Très calme, très rigoureux. Ce n’est pas un sport où on se hurle dessus »
Le défi : jongler entre études et championnats
La jeune sportive cumule rapidement les titres : Championne de France cadette (-17ans) en 2010, 2011 et 2012, médaillée de bronze aux championnats d’Europe cadets en 2012, elle remporte le titre junior (-20 ans) des championnats de France en juin dernier, avec un total de 182 kg : 82 à l’arraché, 100 à l’épaulé-jeté (les deux mouvements de l’haltérophilie). Si elle ne se rend pas aux championnats du monde junior en Russie fin juin, c’est pour se concentrer sur le bac, qu’elle obtient avec mention. En novembre, elle est médaillée de bronze aux championnats d’Europe catégorie junior à Chypre, puis classée 24e mondiale catégorie senior au Kazakhstan. Aujourd’hui, Dora suit une Licence 1 STAPS option Kiné au sein de l’INSEP (établissement accueillant les sportifs de haut niveau, leur permettant de concilier sport et études), mais revient s’entraîner régulièrement au Blanc-Mesnil, où elle rentre tous les week-ends. « Tant que je pourrai mener les études et le sport de front, je continuerai. Sinon, j’arrêterai l’haltéro. »
Les qualités pour réussir dans ce sport : la souplesse, et surtout la rapidité. « On dit qu’il faut être explosif, c’est-à-dire très rapide au moment où la barre passe les mi-cuisses. Là il faut tout donner, sinon on n’arrivera pas à lever les bras, s’accroupir et passer sous la barre. » Une fois les bras tendus, il faut stabiliser quelques secondes avant de pouvoir reposer la barre. Les athlètes disposent de trois essais pour chacun des deux mouvements. Son trac le plus grand ? « Mes premiers championnats de France… Je n’ai fait que deuxième à cause de ça » Et avant une compétition, une session de yoga ? « Non, rien du tout ! Mais je ne parle pas trop, je suis très concentrée. »
La suite ?
Prochain objectif : les championnats d’Europe senior. « D’abord être sélectionnée, puis faire de mon mieux. Si possible battre mon record. » Le record actuel de Dora est 87 kg à l’arrachée, 102 à l’épaulé-jeté. Bientôt une médaillée olympique pour le Blanc-Mesnil ? A 19 ans, Dora a encore tout l’avenir devant elle…
Dora aux derniers championnats de France :
