Petit guide de la participation 3 – Dépasser la « délibération introuvable » –
Les processus de participation ont fait l’objet de nombreuses critiques par les chercheurs en sciences sociales, qui en dénonçaient les carences au regard de la notion d’espace public développée par Habermas. Il affirme que la validité d’une norme ne peut être vérifiée que par une véritable discussion publique à laquelle tous ceux qui sont concernés par cette norme participent de manière égale. C’est un idéal : dans les faits, tous les participants n’ont pas des capacités égales à délibérer et aucun n’est un pur être de raison. Ceux qui savent le mieux parler clairement en public, qui jouissent de facilités argumentatives et rhétoriques, pourront plus facilement imposer leur point de vue. De plus, tout débat n’aboutit pas nécessairement à un consensus : certains désaccords ne reposent pas sur des connaissances incomplètes ni des malentendus (auxquels un débat éclairé pourrait remédier), mais tout simplement sur des incompatibilités de valeurs. Dans ces cas-là, seul un vote peut trancher.
La théorie de la démocratie délibérative a évolué aujourd’hui : moins radicale et plus pragmatique, elle considère une délibération réussie et légitime à partir du moment où les participants jouent le jeu des négociations, même si chacun argumente pour défendre son propre intérêt. Autrement dit, lorsque chacun accepte de prendre des décisions basées sur un échange de points de vue, et dans le but de trouver une solution que le maximum juge acceptable. La délibération libre et égale est une « fiction méthodologique » qui doit rester un principe directeur orientant les pratiques, mais ne pourra jamais être absolument atteinte.