« Qu’est-ce qu’être représenté et gouverné ? »

c2d

Le 15 novembre 2012, le Conseil de développement durable de l’agglomération bordelaise organise les premières Assises de la participation en France, en collaboration avec les communes, les associations et autres acteurs territoriaux. A ce titre, Pierre Rosanvallon, historien, sociologue et actuel directeur de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), a été invité à prendre la parole sur la question « qu’est-ce qu’être représenté et gouverné ? » et à s’exprimer sur des concepts aussi larges que la démocratie, l’élection, la représentation. Cet article propose de mettre en relation cette conférence avec la problématique qui est celle de ce blog depuis quelques mois déjà : les Conseils de quartier au Blanc-Mesnil.

Pierre Rosanvallon commence de prime abord à définir ce qu’est la démocratie. Etymologiquement, la démocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir, kratos, revient au peuple, demos. Toute la réflexion sur la démocratie, nous dit Rosanvallon, repose sur la définition de ce qu’est le peuple.  Qui le compose ? Est-il une simple création ou une réalité ? Et surtout : la totalité du peuple doit-elle détenir le pouvoir ou simplement une partie ? Les révolutionnaires, dont nous sommes les héritiers politiques, avaient en leur temps tranché cette question à travers les paroles de Siéyès : la France ne saurait être une démocratie en tant que telle : le peuple ne doit pas gouverner mais régner. C’est ce difficile équilibre entre le peuple comme gouvernant et gouverné qui fait défaut à la démocratie. Aujourd’hui nous dit Rosanvallon, les citoyens ont une puissance de ressentiment vis-à-vis de la vie politique, produit d’une « mal représentation » et d’un « mal gouvernement ». Il faut à tout prix y remédier pour ne pas voir s’effondrer la démocratie.

Pierre Rosanvallon prend ensuite le temps de définir la représentation. Selon lui, elle a deux acceptions : 1- La représentation mentale d’une part, qui est un instrument qui donne sens à la réalité sociale, par exemple la statistique. 2- La représentation politique d’autre part, que l’on connait tous, celle de la société par les dirigeants politiques, et qui selon Rosanvallon a aujourd’hui atteint une limite : elle ne suffit plus à produire de la légitimité dans les démocraties. Le processus de légitimation devient de fait plus complexe qu’une simple élection : les conseils de quartier sont la résultante de cette complexification.

Rosanvallon, après avoir défini quelques termes clefs, en vient à poser la question qui sera le fil conducteur de la conférence : peut-on inventer un modèle de représentation qui soit démocratique ? On voit ici tendre un rapprochement avec la problématique des conseils de quartiers. Selon le sociologue, pour que la représentation politique soit davantage démocratique, il faut prendre en compte un élément majeur : on ne peut plus se contenter de représenter la société civile à travers l’élection. Il faut « défaire le lien entre élection et représentation » : c’est ce que Rosanvallon appelle une « démocratie post-majoritaire ». La représentation démocratique ne peut plus se cantonner à un rapport de force de suffrages. Elle dépend aussi de la qualité des gouvernants, et du modèle de prise de décision, conséquence d’une délibération transparente par exemple.

En somme, Rosanvallon soutient que pour qu’il y ait une amélioration démocratique de la représentation, le citoyen ne doit pas seulement être actif mais activiste : il faut selon ses termes, « redonner un cadre sociologique à la représentation ». C’est en partie ce que font les conseils de quartier, mais pas encore totalement. Ils donnent en effet une « vision plus juste de la société » mais, du fait de leur structure, ne sont pas en mesure de proposer une représentation démocratique « alternative », du moins pas encore.